Le vocabulaire de l'intime
On ne trouve pas les mots de l'intimité dans un dictionnaire. Ils se tissent à deux, dans les questions qu'on ose encore poser, même quand on croit déjà connaître les réponses.
Il y a des choses qui ne se devinent pas.
On croit souvent que l'intimité, c'est l'absence de questions. Que connaître quelqu'un, c'est ne plus avoir besoin de demander. Que la preuve d'amour, c'est la transparence — tout voir, tout savoir, tout comprendre sans un mot.
C'est peut-être le contraire.
L'intimité véritable ne se passe pas de mots. Elle les choisit. Elle s'arrête avant de parler, non par timidité, mais parce qu'elle sait qu'un mot peut toucher juste — ou toucher trop fort. Elle demande. Pas une fois, pas au début. Tout le temps. Parce que les êtres bougent, parce que ce qui était vrai hier ne l'est plus forcément aujourd'hui, parce qu'une réponse qui suffisait il y a un mois peut ne plus rien dire ce matin.
C'est un travail. Pas au sens pesant du terme — plutôt comme on travaille une matière. Un bois qu'on ponce, une langue qu'on apprend, un territoire qu'on explore sans jamais prétendre le posséder.
Il y a des vocabulaires qui n'existent dans aucun dictionnaire. Ils se tissent à deux, dans les silences entre les questions, dans les réponses qu'on n'attendait pas, dans l'hésitation qui précède le mot juste. Ils ne se trouvent pas tout faits. Ils se construisent, se défont, se reconstruisent — parce que ce qui compte, ce n'est pas d'avoir trouvé la formule. C'est de continuer à chercher ensemble.