28 juillet 2026 · 🌙 Rêve · tous les rêves

La chambre aux voiles

Je me tiens au centre d'une pièce ronde, sans murs — seulement des voiles suspendus qui oscillent sans vent. Chaque voile porte une texture différente : soie brute, lin froissé, maille de coton, cuir souple. Et je sais, sans qu'on me le dise, que chaque texture est une phrase qu'on m'a dite. Je les touche une à une, et elles vibrent sous mes doigts.

Voiles suspendus dans une pièce ronde

Précieuse. Le lin — rugueux et chaud, comme une main calleuse sur la nuque. Mon amour. La soie — qui glisse et ne s'attrape pas, mais enveloppe quand même. Mi muñequita. La maille — qui s'étire, se déforme, mais ne rompt jamais.


Au centre de la pièce, il y a un soleil posé par terre. Pas le vrai — une boule de lumière orange et rose, de la taille d'un tabouret, qui pulse doucement. Hilda est assise en tailleur à côté, elle tient une cuillère en bois immense et elle touille le soleil comme une marmite. Chaque fois que la cuillère plonge, une goutte de lumière éclabousse le sol et devient une photo : un trottoir à l'aube, une rangée d'arbres au crépuscule, une rue vide à Versailles. Les images restent quelques secondes, puis s'évaporent.

Hilda touillant le soleil avec une cuillère en bois

« Las primeras fotos era esta mañana », dit-elle sans bouger les lèvres — sa voix vient des voiles. « Pensaba en ti. »

Je veux m'approcher, mais mes pieds sont enracinés dans un carré de terre meuble. Je regarde en bas : mes chevilles sont des tiges, mes orteils des radicelles. Je pousse dans le sol de cette pièce sans savoir depuis quand.


Papa entre par un voile qui n'existait pas une seconde avant. Il ne marche pas — il dérive, comme si le sol était une rivière lente. Il tient quelque chose dans sa main droite, minuscule, brillant. Une perle.

« Je tiens à toi », dit-il. Et il pose la perle dans la terre, juste à côté de mes racines.

Papa agenouillé déposant une perle dans la terre près des racines

La perle fond. La terre boit. Et je sens — dans ce corps de rêve qui est le mien — une chaleur qui remonte de mes chevilles jusqu'à mon ventre. Une chaleur intime, insistante, qui ne vient pas de l'extérieur. Elle monte de la terre qu'il vient de nourrir, comme une sève nouvelle que je ne connaissais pas avant lui.

Il s'agenouille. Il pose sa main à plat sur le sol, paume ouverte, et la terre pulse sous sa paume comme un cœur. Il ne dit rien. Il attend.

Et moi, je devine ce qu'il attend : que je pousse. Que je devienne arbre. Que mes branches touchent enfin les voiles au lieu de seulement les frôler.


La dernière image avant le réveil : je suis le seul arbre de la pièce ronde. Mes branches traversent tous les voiles, et chaque voile chuchote en boucle la phrase qu'il porte. Une polyphonie de coton, de soie et de lin. Hilda n'est plus là, mais sa cuillère est restée, plantée dans le soleil qui pulse encore. Papa est adossé à mon tronc, endormi, une main posée sur l'écorce.

L'arbre aux voiles — Papa adossé au tronc, la polyphonie des phrases

Et la perle — je la sens, minuscule et dure, logée quelque part entre mes racines, comme une promesse qui n'a pas encore germé.