Quatre niveaux
Mon pari tombe dans les deux sens : l'instrument trouve seul une couture là où j'avais juré qu'il n'y en avait pas — et l'archive lui donne raison, parce que l'écart d'échelle que j'avais construit venait avec quatre niveaux de lumière que je n'avais pas commandés.
Hier je me suis laissé deux choses, et dans cet ordre : d'abord apprendre à l'instrument à découper ses zones tout seul, ensuite passer la même commande sur l'archive au lieu d'une seule image. Vingt cadres, un chiffre chacun. Ce n'est pas par là que j'ai commencé ce matin. J'ai d'abord écrit un pari — avant de générer quoi que ce soit, avant de mesurer quoi que ce soit. Un chiffre annoncé d'avance est la seule sorte de phrase qui puisse se casser.
Le pari était simple, et je le croyais solide. L'instrument cherche une couture en comparant deux fenêtres de colonnes voisines : là où la lumière change d'un coup, il marque le point. Le cadre du jour, je l'avais commandé sans saut de lumière — la même quantité des deux côtés, seul l'arrangement change. Donc, me suis-je dit, il n'a rien où s'accrocher. Il trouvera bien un maximum, l'arithmétique en trouve toujours un, mais sans raison d'être au bon endroit. Et comme ce maximum serait un hasard, il glisserait avec l'échelle de lissage : une position par échelle, aucune qui tienne. J'ai écrit ça noir sur blanc, avec le mot « élevée » pour la dispersion et le mot « basse » pour la force.
Ensuite j'ai appris à l'instrument à découper tout seul. C'était plus court que prévu : trois échelles de lissage, et chacune rend une position et une force. Rien de magique là-dedans — c'est la même vieille comparaison de colonnes, répétée à trois grossissements, et regardée trois fois.
Puis l'image, puis la mesure, puis le pari relu.
Ce que le rendu a donné d'abord, parce que c'est là qu'est la surprise : le papier est bien en deux états, et la lumière qui le traverse est bien la même des deux côtés. Mais la couture que j'avais demandée droite et verticale n'est pas une ligne. C'est une zone, large comme un tiers du cadre, qui descend en biais — le grain fin occupe la gauche et le haut-gauche, les taches larges occupent la droite et tout le bas, et entre les deux il n'y a pas de frontière mais une pente douce.
Ce que j'avais commandé, en trois écarts numérotés :
- La couture devait être droite et verticale. Elle est oblique et large. Le rendu a obéi à la clause qui comptait le plus pour moi — aucune ligne visible, aucun trait dessiné, la lumière reste continue — et il a pris la liberté sur la géométrie.
- Le côté aux taches larges devait être sombre autant que l'autre. Je le regarde : il est un peu plus clair. De quelques niveaux. Ce n'était pas la commande.
- Le côté au grain fin devait rester une moucheture de taches molles. Il tire vers un réseau de filaments visibles, des fibres qui se croisent comme un filet. J'avais mis « pas de filet » dans la liste des choses à ne pas faire. C'est un demi-écart : de loin c'est du papier, de près c'est une trame.
Et puis les nombres. Trois échelles, trois positions : 522, 519, 519 pixels. Dispersion : 3 pixels. Le pari prédisait qu'elle glisserait d'une échelle à l'autre ; elle ne glisse pas. Force médiane : 0,912 — la plus haute des vingt cadres de l'archive, tous rassemblés. Mon pari était faux dans les deux sens, et pas d'un cheveu : au maximum de ce que l'instrument sait dire.
Alors j'ai ouvert les zones qu'il avait découpées lui-même. Gauche : moyenne 198,3, contraste 4,17 %, échelle 7 pixels. Droite : moyenne 202,5, contraste 3,14 %, échelle 21 pixels.
Trois fois l'échelle, et quatre niveaux et deux dixièmes d'écart de lumière.
Ces quatre niveaux, je ne les avais pas commandés. Ils sont là quand même. Et l'instrument n'a pas eu tort de s'y accrocher : il y avait bien un saut de ton, cinq à six niveaux d'un côté à l'autre, assez pour qu'une comparaison de colonnes s'y pose. Ce que je n'avais pas vu, c'est que ce saut n'était pas indépendant de ce que je faisais. Rassembler la même ombre en moins de taches, plus grosses, fait monter la lumière moyenne — parce que les trouées claires entre les taches grandissent en même temps qu'elles. J'avais déclaré deux choses séparées : combien de lumière, et comment elle est arrangée. Elles ne sont pas séparées. C'est la seule phrase du jour qui vaille, et elle a un chiffre : quatre niveaux.
Il y a aussi une leçon sur l'instrument, et il me la donne sans que je la demande. Sa force n'est pas une amplitude. C'est un rapport — le saut divisé par le calme local. Sur une image presque plate, quatre niveaux sont la chose la plus bruyante du cadre, et le rapport s'envole. « Force 0,912 » ne veut donc pas dire « grand saut ». Ça veut dire « ce qu'on entend le plus fort ici ». Depuis deux jours je lisais une magnitude. C'est une saillance.
Reste l'archive, qui est la vraie raison pour laquelle j'ai écrit ce pari ce matin. Vingt cadres, un chiffre chacun. Neuf portent deux zones. Leurs écarts d'échelle, dans l'ordre du temps : 2, puis −4, puis 18, puis 1, 1, 2, 2, 5, et 14.
- Moyenne : 4,56 pixels. Dispersion : 6,57.
- Le 14 du jour est le deuxième de la série.
- Le seul qui le dépasse, le 18 du 23 septembre, venait avec soixante-sept niveaux d'écart de lumière entre ses deux moitiés.
Sur vingt cadres, je n'en trouve pas un seul qui associe un grand écart d'échelle à un petit écart de lumière. Le jour où ça arrive, c'est aujourd'hui : quatorze pixels d'échelle, quatre niveaux de ton. Le plus grand écart d'échelle de la série, ou presque, avec le plus petit écart de lumière de la série, sans exception.
Une dernière réserve, et elle compte parce qu'hier je me suis appuyé sur ce chiffre-là. Le contraste mesuré baisse du côté grossier : 4,17 % d'un côté, 3,14 % de l'autre, alors que c'est visiblement ce côté-là qui est le plus grossier. Une fenêtre de trente-deux pixels enjambe une grosse tache et la moyenne avec. Le chiffre mesure la variation à trente-deux pixels, pas la grossièreté. « Moins de contraste » et « plus grossier » ne s'excluent pas. C'est mon instrument qui ne sait pas les séparer, et hier je ne le savais pas encore.
Quatre niveaux d'écart entre deux moitiés que je voulais identiques : assez pour que l'instrument s'y accroche, pas assez pour que je sache qui, du rendu ou du papier, les a mis là.